Interview de Raymond CHAINEL, formateur en plomberie-chauffage et coach WorldSkills

Ancien apprenti devenu formateur, Raymond Chanel transmet aujourd’hui son savoir-faire aux jeunes du BTP CFA Grand Est avec la même passion qui l’animait déjà à 15 ans. Entre accompagnement pédagogique, préparation aux WorldSkills et défis humains du métier, il revient sur un parcours profondément marqué par l’apprentissage, le sport et la volonté de ne laisser aucun jeune au bord de la route. Un témoignage sincère et inspirant sur la transmission, l’engagement et la fierté des métiers du bâtiment.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je m’appelle Raymond CHAINEL, j’ai 39 ans et je suis aujourd’hui formateur en plomberie et chauffage au sein du BTP CFA Grand Est, sur le campus des Vosges. Cela fait maintenant huit ans que j’exerce ce métier, mais avant de devenir formateur, j’ai moi-même été apprenti dans les campus des Vosges et de Meurthe-et-Moselle. Finalement, j’ai passé près de huit années en apprentissage dans ces centres de formation avant d’être embauché dans l’entreprise qui m’avait formée. Puis, à l’approche de mes 30 ans, j’ai décidé de passer “de l’autre côté de la barrière” pour transmettre à mon tour ce que l’on m’avait appris.
Pourquoi avoir décidé de devenir formateur ?
L’envie de devenir formateur a toujours été présente chez moi. Le sport a aussi beaucoup compté dans ma vie et m’a donné ce goût de la transmission, du partage et de l’accompagnement. Redonner ce que j’avais appris m’a toujours motivé. Quand l’opportunité s’est présentée, je n’ai pas hésité. Aujourd’hui, je peux dire que je m’épanouis pleinement dans ce métier. Mon parcours dans le bâtiment s’est construit assez naturellement. Mon père avait lui-même étudié au campus des Vosges comme peintre. Pourtant, au départ, je n’étais pas forcément destiné à l’apprentissage. J’avais un parcours scolaire classique et j’étais plutôt bon élève. Mais les métiers manuels m’attiraient depuis longtemps. Petit, je voulais devenir menuisier. Puis, dans mon village, une entreprise de plomberie-chauffage située près de chez moi cherchait un apprenti. J’y ai fait mon stage de troisième, et tout a commencé comme ça.
Quand j’ai débuté à 15 ans, je ne savais même pas ce qu’était une chaudière. Au départ, je voyais surtout l’apprentissage comme une obligation. Mais avec le temps, notamment lors de mon passage au campus de Meurthe-et-Moselle à Pont-à-Mousson pour préparer mes brevets professionnels, j’ai commencé à comprendre le sens de ce que j’apprenais. Deux formateurs, M. Hornung et M. Bavard, ont joué un rôle clé dans cette évolution. Ils m’ont permis de faire le lien entre la théorie et la pratique. C’est là que j’ai appris à aimer le CFA et à comprendre toute la richesse de cette voie.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Ma mission principale reste la formation des jeunes en plomberie et chauffage, mais le métier de formateur ne se limite pas à enseigner en salle ou en atelier. On endosse beaucoup d’autres rôles. Aujourd’hui, une grande partie de mon activité tourne autour des WorldSkills, la plus grande compétition internationale des métiers.
Pouvez-vous nous parler des WordSkills ?
J’accompagne actuellement Louis SONTOT, qui représentera la France en plomberie-chauffage lors des WorldSkills de Shanghai. Je suis son coach local et je le prépare à cette compétition depuis plusieurs mois. Tout a commencé lorsqu’il a participé aux sélections régionales puis nationales. Il est devenu vice-champion de France avant d’être sélectionné pour intégrer l’équipe de France. Aujourd’hui, nous sommes à quelques mois de la compétition mondiale et la préparation s’intensifie énormément.
La compétition se compose de plusieurs modules techniques : chauffage, sanitaire, dépannage ou encore des épreuves de rapidité d’exécution appelées “spin modules”. Les candidats doivent réaliser des ouvrages précis, étanches et parfaitement exécutés dans un temps limité.
Mon rôle, dans tout cela, est multiple. Je valide les techniques que Louis souhaite mettre en place, je l’aide à définir des stratégies et je l’accompagne aussi sur le plan humain. Une compétition internationale à 21 ans peut être très stressante. Il faut donc savoir être à la fois entraîneur, conseiller et soutien psychologique. C’est un rôle énergivore, mais passionnant.
Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon formateur ?
Pour moi, la qualité principale, c’est l’adaptation. Chaque jeune est différent et il faut constamment ajuster sa posture pédagogique. Sur le campus des Vosges, j’ai environ 90 apprenants. Cela représente 90 personnalités différentes, 90 parcours, 90 façons d’apprendre. Certains sont très discrets, d’autres extravertis. Certains sont là par passion, d’autres un peu par défaut. Mon rôle est de m’adapter à chacun.
J’accorde aussi énormément d’importance à l’écoute. On ne peut pas accompagner correctement un jeune sans comprendre son histoire, ses difficultés ou ses motivations. Ce qui me rend le plus fier, ce n’est pas uniquement d’accompagner des profils brillants comme Louis, mais aussi de voir évoluer des jeunes qui étaient en difficulté au départ et qui finissent par trouver leur voie et s’épanouir dans leur métier.
Le plus beau dans ce métier, c’est le suivi sur le long terme. Certains jeunes arrivent au CFA à 15 ans et je peux les accompagner jusqu’à leurs 20 ans. Évidemment, en cinq ans, ils changent énormément. Voir cette évolution humaine et professionnelle est extrêmement valorisant. Aujourd’hui encore, il m’arrive de croiser d’anciens apprentis sur des chantiers, devenus professionnels à leur tour. C’est une immense satisfaction.
Quel est le plus grand challenge dans votre métier ?
Le plus grand défi, c’est de ne laisser aucun jeune au bord de la route. L’échec fait partie de la vie, mais lorsqu’un apprenant décroche ou ne trouve pas sa place, cela peut être difficile à vivre pour un formateur. Bien sûr, certaines orientations ne correspondent simplement pas au jeune, et ce n’est pas grave. Mais lorsqu’on sent qu’on n’a pas réussi à aider quelqu’un qui allait mal ou qui se sentait perdu, cela reste compliqué humainement.
Le bâtiment est une école de la vie. Ce sont des métiers exigeants, parfois physiquement difficiles. Les jeunes doivent apprendre à travailler dehors, dans le froid, dans des conditions parfois compliquées. Certains s’endurcissent, gagnent en confiance et s’épanouissent complètement. D’autres ont plus de mal. Quand on voit un jeune réussir malgré les difficultés, c’est une vraie victoire.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes du BTP CFA Grand Est ?
Je leur dirais d’être fiers de leur parcours. Trop souvent, on valorise uniquement les grandes écoles ou certains cursus très théoriques. Pourtant, les formations du BTP CFA Grand Est ont aussi une véritable histoire et offrent de magnifiques opportunités. Les jeunes qui passent par ces centres construisent quelque chose de solide, humainement et professionnellement.
Dans quelques années, beaucoup regarderont leur parcours avec fierté, comme le font aujourd’hui certains chefs d’entreprise issus du CFA vosgien. Le bâtiment est une école de la vie. On y apprend un métier, mais aussi la persévérance, l’autonomie et le sens du collectif.
Aujourd’hui encore, j’essaie de transmettre ces valeurs à travers différents projets. Début juin, par exemple, je participerai à un tour des CFA à vélo avec plusieurs jeunes des différents campus du BTP CFA Grand Est. Nous relierons plusieurs centres de formation à travers la région pour montrer que les distances ne doivent jamais être un frein aux études ou à l’apprentissage. C’est aussi une belle manière de créer du lien entre les campus et de renforcer cet esprit de réseau qui fait la force du BTP CFA Grand Est.
