
BTP CFA Grand Est
Interview de Camille NEOLAS, électricien professionnel : de la mécanique à l’électricité
Passionné depuis toujours par l’univers automobile, Camille NEOLAS se destinait d’abord à la mécanique. Mais après une première expérience professionnelle, sa rencontre avec un électricien change sa trajectoire. CAP, bac professionnel, expériences dans différentes entreprises et évolution vers un poste de chef d’équipe, il revient à 27 ans sur un métier technique, polyvalent et recherché, où patience, débrouillardise et expérience du terrain font toute la différence.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours professionnel ?
Je m’appelle Camille NEOLAS, j’ai 27 ans et je suis électricien professionnel. À l’origine, je ne me destinais pourtant pas du tout à l’électricité. Depuis que je suis jeune, j’aime beaucoup l’automobile et les poids lourds. J’ai donc commencé par un bac professionnel en mécanique poids lourd, que j’ai obtenu à 18 ans.
J’ai ensuite travaillé environ un an et demi dans la mécanique automobile. Mais je me suis rendu compte qu’en travaillant quotidiennement dans ce domaine, ma passion disparaissait progressivement. Mon contrat s’est terminé et, à ce moment-là, j’ai rencontré un électricien qui m’a proposé de venir essayer son métier avec lui. Cela m’a tout de suite beaucoup intéressé.
Il m’a alors proposé de faire un apprentissage. À 19 ans, j’ai commencé un CAP au CFA de Pont-Sainte-Marie, que j’ai obtenu deux ans plus tard. J’ai également été sélectionné parmi les meilleurs apprentis et invité à la mairie de Troyes, où j’ai reçu un trophée, un diplôme et une récompense. C’était une reconnaissance liée notamment à mon assiduité et à mon comportement pendant ma formation.
J’ai ensuite poursuivi avec un bac professionnel, notamment avec l’objectif d’améliorer ma rémunération. J’ai découvert plusieurs environnements de travail. J’ai commencé avec mon premier patron, puis essayé une grande entreprise avant de terminer ma formation chez un petit entrepreneur très ambitieux, dont j’appréciais beaucoup la manière de travailler.
Après mon bac, j’ai continué à travailler plusieurs années dans de petites structures. J’ai ensuite rejoint une entreprise plus importante, où j’ai pu évoluer pendant environ un an et demi. Aujourd’hui, je poursuis cette évolution professionnelle avec une nouvelle opportunité en tant que chef d’équipe. Mon objectif est à la fois d’avoir davantage de responsabilités et une meilleure rémunération.
En quoi consiste concrètement le métier d’électricien ? Avez-vous une journée type ?
Il n’y a pas vraiment de journée type. C’est un métier très variable. Tout dépend des missions, de l’entreprise et surtout des chantiers sur lesquels on intervient.
On peut distinguer trois grands domaines. Il y a d’abord le tertiaire, avec par exemple les bureaux ou les magasins. Ensuite, il y a l’habitation, où les règles et les normes sont différentes, même si on retrouve certains principes communs. Enfin, il y a l’industrie, qui est encore un univers différent et plus complexe. Personnellement, c’est le domaine que je connais le moins, parce que je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de travailler dessus.
Dans ce métier, une grande partie de l’apprentissage se fait justement sur le terrain. Pendant mon CAP, j’ai principalement appris l’électricité dans l’habitation, puis la sécurité et quelques notions d’industrie. Ensuite, l’expérience dépend énormément des chantiers réalisés avec son entreprise.
La sécurité et le respect des normes électriques sont essentiels. Il faut aussi savoir lire des plans, réaliser des schémas électriques à la main et travailler avec les autres professionnels impliqués sur le chantier.
Quelles sont les qualités indispensables pour exercer ce métier ?
Pour moi, il faut avant tout être débrouillard. Sur un chantier, on doit régulièrement trouver des solutions avec ce que l’on a à disposition. Il faut donc être malin, autonome et capable de s’adapter. La motivation est également indispensable.
Mais la qualité principale reste probablement la patience. C’est particulièrement vrai en rénovation. Quand on intervient sur une installation ancienne, il faut parfois retrouver des circuits ou comprendre des passages électriques réalisés plusieurs années auparavant, avec des méthodes qui ne correspondent plus forcément aux pratiques actuelles. Cela peut devenir très compliqué et demander énormément de temps.
Il faut également être minutieux. Dans certaines situations, nous devons effectuer des tests avec du courant pour vérifier que tout fonctionne correctement. Il existe donc un risque réel et il faut savoir prendre son temps, respecter les procédures et être certain de ce que l’on fait.
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans l’électricité ?
J’aime le côté technique et assez exclusif du métier. Beaucoup de particuliers vont essayer de faire eux-mêmes de la peinture, du placo, du jardinage ou certains petits travaux. En revanche, beaucoup moins de personnes osent toucher à l’électricité, parce qu’elles connaissent les risques.
C’est quelque chose que j’apprécie. Le fait d’avoir des connaissances spécifiques et maîtriser un domaine que peu de personnes savent manipuler correctement. Il y a aussi ce rapport au risque. Nous devons parfois travailler avec du courant pour réaliser des mesures ou des tests de tension. Cela oblige à être particulièrement concentré et minutieux.
Et puis il y a la satisfaction du résultat. Voir que tout fonctionne et constater qu’un client est heureux du travail réalisé, c’est vraiment gratifiant.
Quels aspects du métier sont souvent méconnus du grand public ?
Une grande partie de notre travail est invisible. Je dirais que 80 % consiste à préparer l’installation et à passer les fils. Finalement, le client ne voit qu’environ 20 % du travail : les interrupteurs, les prises, les luminaires et les différentes finitions.
Pourtant, l’esthétique et les finitions sont très importantes, car c’est précisément ce que le client va regarder. Il peut avoir l’impression qu’un chantier avance énormément lorsqu’il voit l’appareillage installé, alors qu’il reste parfois encore beaucoup de travail derrière !
C’est également un métier très polyvalent, qui permet de côtoyer tous les autres corps de métier. Nous pouvons travailler avec les maçons au début d’un chantier et terminer avec les peintres au moment des finitions. Entre les deux, nous rencontrons les plombiers, les poseurs de sols et beaucoup d’autres professionnels. En s’intéressant à leur travail, on apprend énormément.
Quel est aujourd’hui le plus grand challenge que vous rencontrez dans votre métier ?
Pour moi, le principal challenge est de trouver une entreprise dans laquelle on puisse réellement se projeter sur le long terme. J’aurais aimé pouvoir rester de nombreuses années dans la même structure et construire une véritable ancienneté.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il est difficile de trouver le bon équilibre entre les conditions de travail, la rémunération et le fonctionnement d’une entreprise. Cela pousse beaucoup de professionnels à changer régulièrement d’employeur pour évoluer.
En revanche, trouver du travail n’est pas difficile. L’électricité est un secteur très demandé dans le bâtiment et il manque de main-d’œuvre. Personnellement, lorsque j’ai changé d’entreprise, j’ai toujours retrouvé très rapidement un poste. C’est donc un domaine qui offre beaucoup d’opportunités.
Pourquoi avez-vous choisi l’apprentissage au CFA Grand Est ?
Ma première formation en mécanique était principalement scolaire, avec seulement quelques périodes de stage. Cette expérience m’a fait comprendre que j’apprenais beaucoup mieux en travaillant réellement sur le terrain.
C’est ce qui m’a attiré vers l’apprentissage. Le fait d’alterner entre l’école et l’entreprise permet de mettre directement en pratique ce que l’on apprend. Et puis, il faut le reconnaître, être rémunéré pendant sa formation est également motivant !
L’alternance permet surtout de découvrir la réalité d’un métier avant d’avoir terminé ses études. Cela évite de suivre plusieurs années de formation avant de se rendre compte, une fois dans le monde professionnel, que le métier ne nous plaît finalement pas autant qu’on l’imaginait.
Quels souvenirs gardez-vous du CFA Grand Est ?
J’en garde surtout le souvenir d’enseignants très disponibles, avenants et proches des apprentis. Nous avions aussi accès à des formations complémentaires, notamment autour du secourisme ou de compétences spécifiques liées à nos métiers, ainsi qu’à différentes activités.
Ce que j’appréciais particulièrement, c’était la relation avec les enseignants. Nous étions considérés davantage comme de futurs professionnels que comme de simples élèves. Les échanges ressemblaient parfois davantage à des discussions entre collègues.
Mes meilleurs souvenirs restent d’ailleurs les journées portes ouvertes auxquelles je participais comme bénévole. Dans ce contexte, nous découvrions encore différemment les enseignants et cela permettait de créer de vrais liens. J’ai d’ailleurs gardé contact avec certains d’entre eux sur les réseaux sociaux et il m’arrive encore d’en recroiser.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent suivre votre voie ?
Je leur conseillerais d’abord de ne pas perdre leur motivation et leur passion pendant leurs études. À certains moments, j’avais l’impression d’apprendre davantage en entreprise qu’en cours et je pouvais m’ennuyer à l’école. Il faut garder en tête que cette période permet d’obtenir un diplôme et de préparer la suite de sa carrière. Ce n’est que de passage.
Je conseillerais également de poursuivre ses études lorsque c’est possible. Dans le bâtiment, les diplômes peuvent avoir une véritable incidence sur la rémunération. Un BTS ou une licence peut permettre de prétendre à un salaire supérieur, selon le poste et les besoins de l’employeur.
Cela ne veut pas dire qu’il est impossible d’évoluer sans multiplier les diplômes. Personnellement, j’ai un bac professionnel et j’ai continué à me former ensuite, notamment pour devenir chef d’équipe. Les formations professionnelles permettent aussi de progresser et d’accéder à davantage de responsabilités.
Le plus important reste donc de continuer à apprendre. Dans l’électricité, une grande partie des compétences s’acquiert avec l’expérience, les chantiers et les personnes avec lesquelles on travaille. Il faut être curieux, patient, motivé et savoir saisir les opportunités qui permettent d’avancer.
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