Interview d’Antoine, menuisier en formation à l’IUMP, spécialisé en restauration du patrimoine

À 29 ans, Antoine fait le choix de se reconvertir dans un métier manuel porteur de sens. Après une première expérience en design, il décide de se tourner vers la menuiserie, entre savoir-faire technique et création. Aujourd’hui en formation à l’IUMP, il se spécialise dans la restauration du patrimoine tout en gardant l’envie de concevoir du mobilier par la suite. Il revient sur son parcours, ses motivations et sa vision du métier.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Antoine, j’ai 29 ans. Je suis actuellement en deuxième année de DU GEPABA en menuiserie à l’IUMP, l’Institut Universitaire des Métiers du Patrimoine. C’est une formation en deux ans qui regroupe un CAP, un bac professionnel de menuisier fabricant, mais aussi des bases en gestion d’entreprise, comme le droit ou la comptabilité.
L’objectif est vraiment de nous préparer à être autonomes, capables de reprendre ou de créer une entreprise. La formation est aussi orientée vers la restauration du patrimoine bâti, notamment grâce aux stages que l’on effectue et au réseau d’entreprises locales auquel on a accès.
En quoi consiste le métier de menuisier ?
La menuiserie est un métier très ancien, mais aussi extrêmement vaste aujourd’hui. Il regroupe plusieurs domaines qui étaient auparavant séparés. On peut distinguer deux grandes catégories. Le travail des matériaux composites, comme le contreplaqué ou le mélaminé, et le travail du bois massif. Dans les deux cas, les applications sont nombreuses. Cela va de la fabrication de meubles, portes, fenêtres, cuisines, aménagements intérieurs, à la restauration d’objets et de bâtiments anciens. Il y a aussi toute la partie pose sur chantier.
Mais le cœur du métier reste l’assemblage du bois. Tout tourne autour de la capacité à assembler correctement deux pièces. Cela demande beaucoup de connaissances, de la compréhension du matériau jusqu’aux finitions. À l’école, on apprend les bases, mais il faut des années pour vraiment maîtriser le métier. L’objectif est de pouvoir se lancer ensuite et continuer à apprendre sur le terrain.
Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas seulement un métier manuel. On passe beaucoup de temps à réfléchir, à anticiper, à comprendre ce que l’on fait. Bien sûr, il faut être manuel et aimer travailler avec ses mains, mais ce n’est qu’une partie. Il faut aussi être très méthodique, précis et minutieux. On travaille parfois au millimètre, voire au centième de millimètre, donc l’erreur n’est pas vraiment permise.
La curiosité est essentielle également. Il y a énormément de techniques à apprendre, et une grande partie des connaissances vient de ce que l’on va chercher par soi-même. Enfin, il faut avoir un certain goût pour les mathématiques, car elles sont très présentes dans le métier.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?
Ce qui me plaît avant tout, c’est le matériau. Le bois est un matériau beaucoup plus simple à travailler, contrairement à d’autres comme le métal ou le plastique. On peut faire énormément de choses avec, même avec peu de moyens.
Il y a aussi une dimension écologique qui compte beaucoup pour moi. Travailler le bois, c’est revenir à un matériau naturel, plus sobre en énergie. C’est une manière de participer, à mon échelle, à quelque chose de plus durable.
Et puis il y a tout le rapport au matériau. Cela va de son toucher à son odeur et à sa façon d’évoluer dans le temps. Il faut apprendre à travailler avec lui, et non pas contre lui. C’est un matériau vivant, et c’est ce qui le rend passionnant.
Enfin, j’aime aussi l’aspect créatif. Même si la menuiserie est souvent très technique, j’aimerais à terme y intégrer davantage de design, notamment dans la création de mobilier.
Quel est le plus gros challenge que vous rencontrez dans ce métier ?
Le principal challenge, c’est le temps. On aimerait pouvoir prendre le temps de bien faire les choses, mais la réalité du métier impose souvent d’aller vite, pour des raisons de rentabilité. Trouver le bon équilibre entre qualité et rapidité, c’est difficile. C’est même parfois frustrant, car c’est un métier où l’on aimerait vraiment prendre son temps. Il y a aussi la densité des connaissances. Chaque projet apporte son lot de nouvelles problématiques. On apprend en permanence, et au début, on peut vite se sentir dépassé.
Pourquoi avoir choisi cette voie ? Quel a été votre parcours ?
J’ai d’abord fait une école de design. J’ai découvert une approche de la conception de l'objet qui dépasse celle de la menuiserie traditionnelle. Mais après mes études, je n’ai pas trouvé de travail dans ce domaine, notamment parce que je ne voulais pas quitter Troyes. J’ai enchaîné des emplois qui ne me correspondaient pas, puis j’ai décidé de me recentrer sur ce que j’aimais vraiment. Et parmi tout ce que j’aimais faire, la menuiserie m’a semblé être le choix le plus cohérent.
C’est un mélange de plaisir, de sens écologique et d’accomplissement personnel. La formation à l’IUMP s’est imposée naturellement, notamment pour son approche et son cadre.
Pourquoi avoir suivi une formation chez BTP CFA Grand Est ?
J’ai choisi l’IUMP, qui dépend du BTP CFA Grand Est, parce que c’était la formation qui correspondait le mieux à ce que je recherchais. J’avais regardé d’autres options, comme les Compagnons, mais ici j’ai trouvé un équilibre qui me convenait davantage. Ce qui m’a marqué, c’est surtout le fonctionnement en petits groupes, avec des profils très variés, allant de 18 à 55 ans. Ça crée une vraie richesse dans les échanges et une ambiance très particulière. On apprend autant des autres que du formateur.
Quels sont, selon vous, les atouts du BTP CFA Grand Est ?
L’accompagnement est un point fort. On n’est pas dans un système impersonnel. C’est-à-dire que le formateur a le temps de nous suivre, de s’adapter à chacun, presque de proposer des parcours personnalisés. C’est quelque chose qui m’a vraiment plu dès les portes ouvertes.
Sur le plan des compétences, on développe évidemment les bases techniques, mais aussi tout un ensemble de connaissances autour du métier comme la gestion, l’organisation, et la compréhension globale de l’entreprise. Et surtout, on nous donne les clés pour être autonomes derrière, que ce soit pour s’insérer dans une entreprise ou, à terme, en gérer une.
Si vous aviez un conseil à donner aux futurs diplômés, quel serait-il ?
Je dirais simplement : lancez-vous. N’ayez pas peur de ne pas être à la hauteur ou de ne pas avoir les compétences au départ. Il n’y a pas de profil type pour faire ce métier. On apprend tout au fur et à mesure. Ce qui compte vraiment, c’est l’envie, la motivation et la passion. C’est un métier accessible à tous, à condition d’être en forme physiquement. Et surtout, ne laissez pas les idées reçues vous freiner.
Avez-vous une anecdote à partager ?
Lors de mon premier stage, j’ai travaillé avec un artisan extrêmement talentueux, que mon formateur décrivait comme le dieu de la menuiserie. On a participé à la restauration de la bibliothèque du château de Compiègne. Au début, je n’avais pas réalisé l’ampleur du projet. Et en me renseignant, je me suis rendu compte que je travaillais sur un lieu historique impressionnant. Ça a été un moment marquant, à la fois en termes d’humilité et de prise de conscience. Je me suis dit que j’avais énormément de chance d’être là.
Cette expérience m’a aussi permis de développer mon réseau, ce qui est essentiel dans ce métier. Grâce à cette rencontre, j’ai pu enchaîner d’autres opportunités, jusqu’à décrocher une embauche.
