Interview alumni : Yoann KVATERNIK, artisan agenceur

Interview alumni : Yoann KVATERNIK, artisan agenceur

Artisan depuis seize ans, Yoann KVATERNIK s’est spécialisé dans l’agencement intérieur. Après avoir commencé par la pose, il a progressivement développé son activité jusqu’à ouvrir son propre magasin. Dans cette interview, il revient sur son parcours, son quotidien, les difficultés rencontrées et l’importance qu’il accorde à la relation client. 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Yoann KVATERNIK, je suis artisan depuis maintenant seize ans. J'ai créé mon activité dans l'agencement intérieur et je suis à mon compte depuis le début de cette aventure.

En quoi consiste votre métier et comment se passe votre quotidien ?

Je suis spécialisé dans la vente et la réalisation d'agencements intérieurs, notamment de cuisines. Je dispose d'un magasin où je peux accueillir les clients, leur présenter des échantillons de matières, de coloris, leur faire visualiser leur projet en 3D.

En général, le premier rendez-vous se déroule chez le client : je prends les mesures et je commence à cerner ses besoins. Le second rendez-vous a lieu au magasin, où nous affinons ensemble le projet et le devis.

Mon activité va au-delà de la simple vente : je propose une prestation "clé en main" avec une autre entreprise que j’ai ouverte en parallèle et qui assure la plomberie, l'électricité, le carrelage ou encore la peinture. Cela permet d'assurer toute la préparation nécessaire avant l'installation.

Travaillez-vous seul ou en équipe ?

Je suis à mon compte, mais je travaille avec trois poseurs indépendants. Ce sont des professionnels avec qui j'ai travaillé par le passé, en qui j'ai totalement confiance. Ce sont des partenaires de longue date, pas des personnes recrutées au hasard. Nous avons partagé de nombreux chantiers avant que je n'ouvre le magasin, et c'est naturellement que je les ai rappelés.

Quelles qualités faut-il pour exercer ce métier ?

Il faut être capable de se projeter dans l'espace et dans les besoins du client. Il faut également savoir créer un produit à la fois esthétique et fonctionnel. Mais surtout, il faut aimer les gens, savoir écouter et comprendre leurs envies.

J'ai commencé par la pose, ce qui m'a donné une vision très concrète du terrain. Depuis huit ans, je fais de la vente, et cela m'a tout de suite plu. Même si je n'ai pas suivi de formation commerciale au départ, j'aime la relation client, et c'est ce qui a fait la différence.

Quelle est votre clientèle aujourd'hui ?

Je travaille à 90% avec des particuliers. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien : 80 % de mes clients viennent sur recommandation. Il m'arrive aussi de travailler avec des professionnels, mais cela reste marginal.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est de voir un projet se concrétiser. Dès les premières étapes, quand le client découvre sa future pièce en 3D, c'est un moment clé. Et lorsqu'il voit le résultat final, conforme à ses attentes, c'est une grande satisfaction.

J'ai même eu l'occasion de recroiser une de mes premières clientes qui était encore ravie, plusieurs années plus tard. Cette reconnaissance est extrêmement valorisante.

Quel a été votre plus grand challenge jusqu'ici ?

Le premier a été l'ouverture de mon magasin : avant, je travaillais depuis chez moi, sans frais, avec un petit bureau pour présenter les produits. Passer à un magasin physique représentait un risque et un vrai changement de dimension.

Le second challenge a été de monter une équipe de poseurs rapidement, car l'activité s'est développée très vite. Aujourd'hui, je cherche à déléguer encore davantage pour être plus disponible sur la stratégie, le développement, et pourquoi pas accompagner d'autres professionnels.

Comment avez-vous découvert le domaine de la cuisine et de l'agencement ?

En travaillant pour un cuisiniste. Je réalisais des chantiers clés en main, et un jour, en résolvant un problème sur un plafond, le directeur m'a proposé un CDI. J'ai accepté pour des raisons de stabilité financière et de projet immobilier. Mais neuf mois plus tard, l'enseigne a fermé.

J'étais déjà prêt à me relancer, et d'autres enseignes m'ont contacté. J'ai donc repris mon activité indépendante, cette fois pleinement ancrée dans l'univers de la cuisine.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours de formation ?

J'ai commencé par un CAP et un BEP en mécanique automobile, à Reims. Mais je me suis vite rendu compte que ce n'était pas pour moi. J'ai enchaîné un an d'intérim en manutention, puis je me suis orienté vers un CAP en menuiserie.

Ensuite, j'ai passé un BP à Charleville-Mézières pendant deux ans. J'ai travaillé en intérim pendant un an et demi, où j'ai évolué très vite jusqu'à devenir chef d'équipe. Mais je me suis vite rendu compte que le salariat ne me convenait pas.

En 2009, l'arrivée du statut d'auto-entrepreneur m'a donné l'opportunité de me lancer. Je travaillais à l'usine le week-end, et la semaine je faisais de la sous-traitance. C'est comme cela que j'ai démarré, petit à petit.

Avez-vous un souvenir marquant de vos années d'études ?

Je garde un excellent souvenir de M. VIEVILLE, notre professeur d'atelier au CFA de Charleville. Il était passionné par son métier et très impliqué. Le soir, entre les cours et le repas, il nous proposait de rester en atelier pour nous montrer d'autres techniques ou pour pratiquer sur de vieux sujets. Ce temps supplémentaire m'a beaucoup appris.

Seriez-vous intéressé pour transmettre à votre tour ?

Je n'ai pas encore eu l'occasion de participer en tant que jury ou de prendre un apprenti, mais j'aimerais avoir le temps de le faire. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je cherche à déléguer plus : pouvoir participer à des réseaux d'entrepreneurs, partager mon expérience, et pourquoi pas accompagner des jeunes.

J'aimerais intervenir dans des jurys, être mentor pour des apprentis, ou simplement échanger avec eux. J'ai conscience que le parcours d'un jeune peut être influencé par des rencontres marquantes. Si je peux être cette personne qui motive ou éclaire un choix de carrière, ce serait une belle façon de rendre ce que j'ai reçu. La transmission fait partie des responsabilités naturelles d'un artisan expérimenté, et je suis motivé à jouer ce rôle prochainement.

Alors n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que je devienne votre mentor. 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer ?

Avant de se mettre à son compte, il vaut mieux commencer par travailler en sous-traitance pour d'autres artisans ou entreprises. Cela permet de se faire un réseau, d'apprendre le métier sur le terrain, et d'assurer un minimum d'activité au départ. C'est en démarrant progressivement qu'on construit quelque chose de solide.

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